MENTION SPECIALE DU JURY au CINEMA DU REEL 2013

 

 

" Un jour, ma mère nous annonce qu’elle veut vendre la maison de Santo Stefano Ticino, notre maison : celle-là même où nous avons grandi, mon frère et moi, et où notre père est mort il y a dix ans. "

J'avais envie d'attraper des images avant de tout quitter.

J'avais envie de filmer ma mère et mon frère parce que je les trouve beaux. Parce que je n'ai pas filmé ce qui a disparu.

Autour d'un accordéon, d'un hippocampe ou d'une boîte de scarabées, dans une cuisine au repos, je voulais évoquer avec eux ce dont cette maison a été témoin. L'écho de la vie dans ces murs. La douceur, l'amour, la famille.

Derniers petits rituels avant de partir, apaisés.

 

 



Bande Annonce de CASA

NOTE D'INTENTION

« Tu fermes les yeux et tu revois tout. Et ce que tu ne revois pas, c'est que ça n'avait pas d'importance »


Se souvenir et oublier.


Casa est un film qui interroge les liens familiaux et le bouleversement provoqué par la mort d'un père.
La maison y apparaît comme le lieu d'une mémoire commune, ultime terre natale pour une famille dispersée en Europe.


Nous voudrions nous en libérer et traiter cette maison comme un simple bien immobilier, mais c'est le temple d'une communion familiale, figé depuis la mort du père. C'est un espace où nous nous sommes convaincus de pouvoir arrêter le temps.


Sauver quelque chose de notre famille et de notre enfance. Sauver des fragments d'une vie passée.
Le film cherche à saisir l'instant charnière de la sortie du deuil.


Ce moment où l'on ouvre les volets, où la lumière inonde la pièce. Où la vie reprend. Un film sensuel.
Casa témoigne de la complicité entre une soeur et un frère. Le rapport entre des enfants et une mère, entre une famille et un absent.


Le rapport de tous au souvenir, au temps qui passe et à la douleur qui s'estompe.
Parfois je me dis qu'il faudrait inventer un mot qui signifie en même temps se souvenir et oublier...


La maison / prétexte


La Casa est une boîte de mise en scène, sorte de lieu théâtral où se jouent les états d'âme d'une famille.
Lieu où les choses se disent, se crient parfois. Lieu de poussière et d'accumulation.


J'utilise cette maison comme un décor qui donne une unité de lieu.


La seule façon possible de filmer cette maison est de la cacher. Ne pas la donner à voir. C'est ainsi qu'elle se révèle.


Elle garde, en creux, l'empreinte d'un père disparu. La maison est une image.


Un cahier


Mes dessins arrivent tard le soir ou pendant la nuit. Ce sont comme des notes sur un cahier. Ce sont des séries, mais jamais une case n'est pareille à l'autre. Je dessine avec du café, de l'encre, et une plume.


Sur le cahier, mes images côtoient mes notes. Petits récits brefs et lointains écrits parfois en italien, parfois en français.


Ce qui rentre dans le cahier se détache de moi. S'éloigne. Cesse de brûler.


Ce film m'a accompagnée pendant cinq ans. Aujourd'hui je sais que le vrai désir qui m'animait était celui de filmer mes proches. De les regarder, de les écouter et de les enregistrer.
Ils m'ont montré qu'on pouvait quitter cette maison, et moi en échange je leur ai offert des bribes de souvenir.